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Fourmi

  • 2 octobre 2019

 

Dans l’atelier, mon meilleur allié c’est souvent le silence. Toutefois l’exiguïté du lieu, peu éclairé, me pousse certaines heures à tourner le bouton de la radio, me laisser bercer par un album ou encore à m’abreuver de podcasts. Et puis certains jours j’ai soif d’apprendre, soif de combler ce manque de culture qui est le mien. Alors je lance des vidéos. Tous les sculpteurs, tous les peintres ou autres plasticiens y passent. La seule limite est la disponibilité d’un reportage sur la toile. Non je n’ai pas encore réussi à lire en sculptant !

Souvent à ma table de travail je pleure, ou au contraire je m’esclaffe. Ce que je vois, ce que j’entends est tour à tour bouleversant ou enthousiasmant, toujours inspirant. Mes dernières heures passées en compagnie de René Julien furent sans doute les plus belles.

 

Je songeais à tout cela dans un flottement, oui je songeais je vais leur raconter qu’il faut se nourrir d’art, que la création pour la seule beauté du geste, sans autre désir que celui de s’assouvir, est la plus pure, la plus aboutie.

Alors je réalisais que ces artistes dont l’histoire m’était contée, l’oeuvre décortiquée (certaines extrapolations me laissent dubitative) avaient un point commun. Ou plutôt l’angle de vue du narrateur empruntait souvent le même chemin, la tragédie. La misère, la maladie, le rejet, l’isolement, la folie, le handicap, le désamour, la déchéance, etc. étaient mis en exergue avec délectation dans le commentaire voix off, comme une condition inhérente à l’acte créatif. Voyez comme il avait du génie ! Et quelle misérable vie ! Voilà donc la source de son inspiration ! Voilà donc de quoi construire le mythe que l’histoire retiendra.

Suis-je donc condamnée à vivre mille tourments pour gagner le panthéon des artistes de renom ? Artiste maudit sinon rien ? La perspective, à bien y réfléchir, me glace soudain.

Je veux bien convenir de propensions communes à tout artiste. Cette apnée en solitaire, cette plongée en dedans, cette nécessité d’extirper du monde la substantifique émotion pour la partager par-devers soi. Oui le voyage est riche et me donne l’espoir chaque jour de réussir à toucher quelque éclat de cet ordre-là. Le malheur en est-il le corollaire, dois-je déchoir et sacrifier ma joie au profit d’œuvres méritoires ?

Une fois, sur le divan où je suis née, je me suis entendue dire que la création provenait toujours du manque. Je me suis redressée, interpelée par le sombre pronostic. J’allais donc me coltiner continuellement cette souffrance-là ? Le prix à payer pour me faire artiste ? On me rassure. Le manque n’est pas forcément souffrance. Ahhh !!!! Me voilà sauvée.

Depuis mon atelier alors je veille. A écouter aussi les histoires de ces artistes joyeux et épanouis qui ont plaisir à partager leur sensibilité, leur talent, leur créativité sans s’abimer et se perdre. On les raconte moins c’est vrai, moins vendeur sans doute. Et aussi pas très rassurant il est vrai.

D’un travail, étymologiquement une torture, on exige un certain degré de pénibilité. Qu’un artiste vibre de toute son âme en accouchant de lui-même, qu’un professeur professe dans la joie, qu’un fleuriste bouquette en sifflotant et les esprits se plaisent alors à lui inventer une histoire bien malheureuse, de celles qui compenseront à elles seules l’injuste et insupportable prise de plaisir. Je te propose aujourd’hui d’envoyer valser ce vieux paradigme. Le mythe de l’artiste accompli ET maudit, pour la peine, le reste de sa vie ne vaut pas mieux que celui du travailleur puni la journée ET récompensé le soir seulement de l’avoir été.

Très jeune déjà je ne comprenais pas que la vie puisse mettre dans la balance le travail punition ou la joie sanction.

Je choisis donc la joie récompense et m’oppose à la résignation dans laquelle l’être humain se trouve aujourd’hui. Je refuse de croire au sacrifice de soi au nom du collectif, du renoncement à son essence au profit d’une machine à nourrir.

Je ne suis pas une fourmi ! Ou alors la 103ème, celle de Werber. En parlant de four, mis à part ça, je dois justement allumer le mien.

Bonne exploration !

4 commentaires activé Fourmi

  • Coignard a écrit :
    2 octobre 2019 à 23 h 54 min

    Au revoir la 3D. Qui sans cesse a besoin de justifier le droit d’être. d’être Heureux simplement en jouant avec le beau de l’amour, de celui qui remonte enfin.. !! Quels beau texte…

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    • floadmin a écrit :
      4 octobre 2019 à 10 h 36 min

      Comment comment ? Je n’ai pas vu ce message plus tôt ? Cela est-il possible ? Mais oui mais oui, il est passé discrètement entre les gouttes on dirait bien. L’uni-vers porte bien son nom quand je pense à ce qui nous a réunies. Merci pour tes mots qui si souvent ont apaisé mes maux. Et merci pour l’artiste protéiforme que tu es.

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  • dominique poirey a écrit :
    4 octobre 2019 à 8 h 53 min

    coucou belle artiste ! comme c’est bien écrit , à la fois doux et plein de cette belle énergie à laisser ton âme s’exprimer, comme celle de tous les artistes…. quelle Joie de voir tous ces artistes se réveiller car justement pleinement conscient de ce qu’ils sont vraiment et nous permettre ainsi d’être éclaboussés par vos merveilles de création artistiques ! Merci Flo d’Être !
    Que de belles émotions qui se révèlent et nous permettent à tous d’écouter le chant de notre Âme ! Gros bisous ♥♥♥

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    • floadmin a écrit :
      4 octobre 2019 à 9 h 40 min

      Quel plaisir Dominique de lire ce doux message au réveil. L’artiste est fragile, l’artiste est sensible et seul à sa tâche parfois il réalise, au détour d’un commentaire, qu’il réussit à toucher l’âme d’une personne. Merci.

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